L’Europe change de cap pour sauver son industrie. Le 16 décembre 2025, la Commission européenne a acté l’annulation de l’interdiction stricte du moteur thermique 2035. Bruxelles abandonne le « tout-électrique » au profit d’une approche par la performance environnementale. Cette stratégie de neutralité technologique réintroduit l’hybride et les biocarburants dans le mix de demain.
Ce nouveau « Paquet Automobile » change radicalement la donne : découvrez comment ces règles redéfinissent votre futur achat et quel sera l’impact pour les entreprises françaises en matière de gestion de flotte.

Fin du 100 % électrique : le thermique obtient un sursis
Le changement législatif majeur réside dans la révision du Règlement (UE) 2019/631 sur les normes CO2. Alors que le texte initial exigeait une réduction de 100 % des émissions à l’échappement, la nouvelle mouture abaisse ce curseur à 90 %.
En conséquence, les constructeurs conservent la liberté de commercialiser 10 % de véhicules thermiques et hybrides rechargeables (PHEV) au-delà de 2035.
Cette décision marque une victoire diplomatique pour l’Allemagne. Toutefois, ce droit de circuler s’accompagne de conditions : pour valider ces 10 %, les marques devront prouver l’usage d’acier bas carbone produit en Europe ou l’utilisation de carburants de synthèse certifiés.
Un « crédit » de pollution pour éviter l’envolée des prix
L’Europe introduit une souplesse majeure avec le mécanisme de « Banking & borrowing » (Épargne et Emprunt). Pour un constructeur, cela fonctionne exactement comme un compte bancaire :
- Le banking (L’épargne) : Si une marque vend beaucoup de voitures propres en 2028, elle met des « bons points » de côté pour les utiliser plus tard.
- Le borrowing (L’emprunt) : Si elle est en retard sur ses objectifs en 2030, elle peut « emprunter » sur ses futures voitures propres de 2033 pour annuler ses amendes actuelles.
Le résultat ? Les constructeurs évitent des amendes se chiffrant en milliards d’euros, ce qui empêche une explosion du prix des voitures thermiques encore en vente.
Par ailleurs, les utilitaires (fourgonnettes, camions de chantier) bénéficient d’un répit : l’objectif de réduction de pollution pour 2030 est abaissé de 50 % à 40 %. C’est une sécurité indispensable pour maintenir des véhicules de livraison abordables et performants.
Quelles alternatives au moteur thermique pour 2035 ?
Le catalogue automobile de 2035 ne sera plus uniforme. Une nouvelle hiérarchie technologique s’installe pour offrir aux conducteurs une liberté de choix retrouvée. Par conséquent, les acheteurs doivent désormais arbitrer entre plusieurs solutions de mobilité, chacune répondant à des besoins spécifiques.
Afin de clarifier ces options, le tableau suivant synthétise les forces et les limites des motorisations qui composeront le paysage routier de demain :
| Technologie | Usage idéal | Atouts majeurs | Contraintes |
| Hybride Rechargeable (PHEV) | Mixte (ville / route) | Flexibilité totale ; accès aux ZFE garanti ; consommation urbaine nulle. | Poids élevé ; nécessite une recharge quotidienne pour être efficace. |
| Thermique Hydrogène | Gros rouleurs et utilitaires | Plein en 5 minutes ; autonomie élevée ; zéro émission de CO2. | Réseau de stations en déploiement ; prix d’achat initial important. |
| Moteur E-fuel ready | Longue conservation | Bilan carbone neutre ; aucune modification mécanique ; préservation du patrimoine. | Coût du carburant au litre élevé ; production industrielle en démarrage. |
| Citadine Électrique (M1E) | Trajets quotidiens | Prix sous les 25 000 € ; bonus comptable pour les marques ; entretien réduit. | Autonomie limitée sur autoroute ; dépendance aux bornes de recharge. |
Grâce à cette diversification, l’hybride rechargeable de nouvelle génération s’impose comme le grand gagnant de la réforme, car il assure une transition fluide entre les centres-villes restreints et les longs trajets autoroutiers.
En parallèle, le moteur thermique à hydrogène devient une alternative sérieuse aux batteries pour les véhicules lourds, une voie activement soutenue par des leaders comme Toyota et BMW.
Enfin, pour les conducteurs attachés à la mécanique traditionnelle, les moteurs optimisés pour les électro-carburants (E-fuels) garantissent désormais une empreinte carbone neutre sans sacrifier la technologie actuelle. Cette pluralité de solutions marque la fin de l’incertitude pour les futurs acheteurs.
Voitures à moins de 25 000 € : l’astuce de l’Europe
Pour rendre les véhicules électriques abordables, l’UE ne se contente plus de subventions : elle actionne un puissant levier réglementaire. Elle crée la catégorie M1E, réservée aux citadines de moins de 4,2 mètres produites sur le sol européen.
Le cœur de cette mesure réside dans le mécanisme des « super-crédits ». Concrètement, pour aider les constructeurs à respecter leurs objectifs de dépollution et éviter des amendes massives, Bruxelles booste la valeur de ces modèles :
- L’avantage comptable : Chaque petite voiture vendue (comme la Renault 5 ou la Citroën ë-C3) compte pour 1,3 unité dans le calcul des quotas CO2 de la marque.
- La guerre des prix : En vendant une voiture « bonus », le constructeur efface plus facilement la pollution de ses modèles thermiques.
Ce dispositif, détaillé dans le plan d’action automobile de la Commission, rend ces citadines si précieuses pour la survie financière des marques qu’elles sont poussées à casser les prix sous la barre des 25 000 € afin d’en écouler un maximum.
En 2026, optimisez votre achat en cumulant le bonus écologique et la prime batterie européenne pour faire chuter le prix d’une citadine électrique (type ë-C3) sous la barre des 16 000 €.
Quel impact pour les entreprises françaises et leurs véhicules?
Toutefois, l’Europe déplace la contrainte vers les flottes d’entreprise pour garantir un marché de l’occasion fluide, conformément au nouveau Règlement sur le verdissement des flottes corporate.
Ces obligations de verdissement et les sanctions associées ciblent prioritairement les entreprises gérant un parc supérieur à 100 véhicules (en propriété ou en Location Longue Durée). Si vous franchissez ce seuil, la conformité de vos immatriculations devient un enjeu budgétaire direct dès 2026.
Pour les dirigeants, cette mise en conformité implique de nouvelles responsabilités administratives. Pour maîtriser vos coûts et vos démarches, vous pouvez consulter cette FAQ dédiée à l’immatriculation des véhicules d’entreprise qui détaille la gestion des flottes, des utilitaires et les impacts fiscaux associés.
| Échéance | Quota obligatoire (Véhicules Propres) | Sanction par véhicule manquant |
| 2025 (référence) | 20 % | 2 000 € |
| 2026 | 30 % (Cible durcie) | 4 000 € |
| 2027 | 40 % | 5 000 € |
Ces chiffres intègrent les dispositions de la Loi de Finances 2025 et l’article L224-7 du Code de l’environnement concernant les quotas de véhicules à faibles émissions (VFE). Ils instaurent la Taxe Annuelle Incitative (TAI), une sanction financière directe pour les entreprises non conformes.
FAQ : Vos questions sur le tournant de 2035
L’interdiction du moteur thermique 2035 est-elle totalement écartée ?
Elle est remplacée par une neutralité technologique sous conditions. Le thermique subsiste s’il utilise des carburants neutres en carbone.
Quels constructeurs sont déjà prêts ?
Porsche mise sur les e-fuels pour préserver ses moteurs à combustion. Toyota est le plus avancé sur le moteur thermique à hydrogène, tandis que BMW, fort de son partenariat technique avec le géant japonais, prépare activement le lancement de son premier modèle de série à hydrogène pour 2028.
Quel impact sur la revente de mon véhicule thermique ?
L’annulation de l’interdiction stricte stabilise le marché de l’occasion. La fin du « tout-électrique » forcé redonne de la valeur aux moteurs thermiques et hybrides récents. Désormais, ils ne sont plus condamnés à disparaître à court terme.
Pourrai-je transformer ma voiture actuelle ?
Oui, les solutions se multiplient ! L’Europe soutient activement le rétrofit pour prolonger la vie des parcs existants. Si vous possédez un véhicule thermique, deux voies s’ouvrent à vous :
- La conversion hydrogène : Déjà légalisée, elle permet de remplacer votre réservoir par un système zéro émission.
- L’option « E-fuel » : Ici, pas de transformation lourde ! Ces carburants de synthèse sont conçus pour être versés directement dans votre réservoir actuel, sans modification moteur.
Dans les deux cas, vous protégez la valeur résiduelle de votre véhicule tout en accédant librement aux ZFE (Zones à Faibles Émissions).
Quel impact sur ma carte grise (Champ P.3) ?
Pour échapper aux restrictions et à la Taxe Annuelle Incitative (TAI), la mention d’énergie dans le champ P.3 de votre carte grise doit être exacte. Une erreur d’homologation lors d’un passage exclusif au « E-fuel », à l’hydrogène ou au rétrofit peut coûter cher. Anticipez la mise à jour de vos titres pour sécuriser votre conformité.
En annulant l’interdiction stricte, l’Europe sauve sa souveraineté industrielle tout en forçant une baisse des prix sur l’électrique. Pour l’acheteur, c’est enfin la fin du « choix forcé ».





